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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 19:16

Comme Julien, Eva est étudiante en 2de année de médecine. Elle aussi est accompagnée par le Centre Laennec pendant ses études, elle aussi a effectué son PAS auprès de nos élèves et de nous-mêmes.

Voici son retour :

 

Relecture du PAS 2013/2014


L' école sur roues


J'effectue mon PAS au sein de l'ASET ( Aide à la Scolarisation des Enfants Tsiganes) avec
Yves et Odile, deux professeurs qui sillonnent l'agglomération lyonaise en camion-école. Ils
permettent aux enfants des populations qui ne peuvent suivre une scolarité régulière, d'avoir quand
mème accès à l'éducation. Ils vont principalement à la rencontre des gens du voyage, des Roms et
des réfugiés sur leur lieu de stationnement.
Au cours de l'année, jai suivi Yves et Odile auprès de deux populations différentes: des réfugiés Albanais
jusqu'en mars et maintenant un groupe de grands voyageurs à Anse. Je raconterai successivement
ces deux expèriences.


Rappelez vous le débat et le dilemme que posait l'installation des tentes sous le pont Kitchener cet automne où vivaient environ 300 réfugiés albanais, c'est là que nous nous rendions.
La plupart d'entre eux ont fui l'Albanie pour des raisons politiques. Ils n'étaient plus en sécurité dans
leur pays et ont tout quitté du jour au lendemain comme cette famille m'explique Yves, où le père
médecin en Albanie a été contraint de tout abandonner pour mettre sa femme et sa fille en sécurité et se retrouvent maintenant sous une tente dans des conditions de vie et d'hygiène très difficiles.
Après passage de l'affaire au tribunal, la décision a été prise de dispatcher les familles dans différents lieux d'accueil plus adéquats pour l'hiver. Nous les avons donc suivis à Oullins, où des constructions provisoires les attendaient. Les enfants les plus grands ont été inscrits au collège, nous avons pris les plus petits.
Au fil des semaines, jai retenu les prénoms, noté les liens familiaux, les caractères de chacun, je me
suis attachée à ces enfants, malgré la barrière de la langue.


A 14h15, ils savent qu'on est là, les enfants commencent à arriver accompagnés par les parents. On
attend que le chauffage du camion se mette en route (le chaud qui sort du sol intriguait beaucoup les
petits au début!) puis on retire son manteau et on se concentre. Souvent Yves et Odile commencent par un livre associé à une chanson ou une histoire en français, le but est qu'ils se fassent l'oreille.
"on dit quelques mots en albanais pour faire plaisir de temps en temps mais sinon il faut essayer de
parler français" dit Odile.
La timidité au fil des séances se dissipe, les caractères s'affirment. Il y a Silva cette petite fille de 6 ans, vive et futée, qui a déjà été à l'école en Albanie, qui comprend tout vite et s'applique. Volza et Siliano inséparables qui sont très complices et s'aident sur les fiches d'activités. Frida qui a 4 ans et qui fredonne de mémoire "la souris verte" quand elle travaille. Akil très discret au début, puis qui s'est affirmé et épelle les lettres seul. Ernada qui veut ramener des coloriages à faire avec son petit frère. Pamela qui a été rasée a cause des poux et qui n'ose plus enlever son bonnet...
Il sont fiers par dessus tout de leur cahier où ils collent et datent soigneusement chaque fiche de
travail.


Je garde dans ma tête l'image de Siliano qui me ramène mon manteau que j'ai oublié pour aller dehors, les masques que l'on a construits ensemble au carnaval, les petites mains des enfants qui travaillaient pour la première fois la pate à modeler, la fierté de Yves et Odile quand un enfant écrivait seul, les sourires timides des mères qui venaient chercher les enfants, l'émerveillement devant tous les jeux et les livres... Ces quelques heures dans le camion leur changeaient surement les idées d'un quotidien que j'imagine difficile.


Puis fin mars, le temps d'hébergement à Oullins s'est terminé et les familles ont été conduites vers
un autre lieu, les enfants ont enmené leur cahier.


Les familles des grands voyageurs se transmettent entre elles le numero de l'ASET et appellent Yves et Odile lorsqu'elles sont de passage sur Lyon pour scolariser les enfants. Nous sommes donc partis à Anse où l'accès au terrain de stationnement nous a donné du fil à retordre, pour rejoindre les caravanes. Là, les familles se sont rassemblées en soutien à l'une d'entre elles qui est gravement malade.
Tout le monde accourt à l'arrivée des camions. Avant toute chose, il faut répertorier les enfants, les inscrire et les répartir par âge entre les deux camions. Ca rigole, ça piaille de tous les cotés, les petites filles nous montrent toutes fières leur beau cartable Barbie remplis de feutre. La communication est beaucoup plus facile puisqu'on parle tous français. Les plus jeunes veulent faire comme leurs grands frères et soeurs et aller à l'école, ils disent espiègles, "mais moi j'ai 6 ans
m'sieur!". Soudain on pleure, un enfant arrive tout couvert de boue, "c'est Bonheur qui m'a poussé dans une flaque". On console, on gronde gentiment, Bonheur c'est beau comme nom pour un enfant.


Les camions finissent par se remplir, chacun retourne à son occupation. Dehors un homme prépare un barbecue, les ados font de la moto, une femme étend son linge... La porte est fermée et l'ordre est donné de ne plus déranger, on travaille ici. Odile commence par une histoire pour concentrer le groupe, Elmer, un grand classique. J'écoute avec autant d'attention qu'eux l'histoire de l'éléphant coloré, puis on distribue fiches d'activités et crayons. Là encore c'est une tache complexe, il faut prendre du temps pour chaque enfant, lui expliquer les consignes, l'aider, veiller à ce qu'il
comprenne tout. A âge égal, ils n'ont pas tous le mème niveau, certains ont déjà été scolarisés ou dessinent à la maison. Odile m'explique que c'est assez rare, les gens du voyage ont peu cette culture de l'écrit et de la lecture et ne l'enseignent pas aux enfants.


Souvent on sépare le camions en deux groupes, je m'occupe de cinq garçons. Ils sont serrés les uns
contre les autres (il y a peu de place), le soleil dans les yeux (plus la chaleur, on étouffe rapdement à 15 personnes dans le camion), partagent le même matériel scolaire et dans un brouharra général. Ils m'émerveillent par leur assiduité et leur sèrieux. On relie des mots, on déchiffre les lettres, on s'entraine à écrire son prénom et les chiffres... Je remarque comme l'un s'applique à colorier proprement avec de jolies couleurs et sans déborder. Yves dit qu'on discerne déjà les personnalités de ces futurs adultes à travers leur travail... Penser surtout à passer du temps avec chacun, féliciter et encourager. Avec de l'attention on vient à bout des têtes les plus dures. Mathilde s'occupe d'un garçon plus âgé qui a déjà été à l'école et sait bien lire. Une tète d'ange, les cheveux savannement coiffés au gel, il "crane" avec son portable, répond et se moque des plus petits. La conjuguaison et Mathilde finissent par le concentrer et il se penche très sèrieusement sur le verbe "jaillir", pas facile à conjuguer !


On finit par jouer tous ensemble au memory puis chacun aide à ranger le camion avant de rentrer.
Une petite reste mème jusqu'au bout pour aider sa "maitresse" à laver la table. On remballe et on
s'en va, rendez-vous la semaine prochaine.
Sur le retour, vient le temps des questions : Je ne connais rien aux grands voyageurs. Que font-ils ?
De quoi vivent-ils ? Comment sont-ils soignés ? Quelle religion pratiquent-ils ? Etc... Ils sont nomades et changent sans cesse de lieu, moi je vis dans la mème ville depuis 20 ans...


Lorsqu'on a eu la liste des PAS, ce projet m'a d'emblée attirée. Ce sont des populations qui vivent à côté de nous, que l'on côtoie régulièrement mais sans pouvoir facilement établir un contact avec elles (on a tous déjà vu les Roms place Carnot, les bidonvilles ou les caravanes autour de lyon, etc ...) mais dont j'ignorais tout ( conditions de vie, raison d'arrivée en France, etc...). Sans ce travail avec l'ASET, je pense que je n'aurais jamais eu l'occasion de rencontrer ces personnes, de découvrir leur quotidien et changer de regard sur elles. Je pense qu'une partie des difficultés que l'on rencontre avec des peuples tellement différents de soi, viennent de la peur et de la méconnaissance entre les hommes.


Il est vrai qu'au début, j'avais une certaine appréhension, une peur de l'inconnu, de ne pas savoir
quoi faire face à celui qui est tellement plus démuni que moi. Mais elle a rapidement disparu face à la gentillesse et à l'enthousiasme des enfants, aux sourires et à la fierté des parents. Finalement, malgré des vies tellement différentes, ce sont les mèmes sentiments humains que l'on partage tous.
Ca me rappelle les paroles de Zabou Breitman après l'émission "Rendez-vous en terre inconnue" en
Ethiopie. Elle disait "Vivre complètement autre chose, avec des personnes qui viennent du bout du
monde, qu'on ne connait pas, dont on n'imagine pas à quel point elles sont proches. Ca ouvre la planète de faire ça. On rit des mêmes choses, on pleure des mêmes choses, on regarde le même ciel, c'est très commun ce que je dis mais que dire d'autre, c'est tellement vrai.", je trouve que ca résume parfaitement ce que j'ai vécu et appris cette année.

 

Eva

un nouveau témoignage, celui d'EVA
un nouveau témoignage, celui d'EVA

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